Donibane

Hommage à Gabriel - la source- (à finir)

TITRE_IMAGEIl taillait des meubles et des objets à meme le bois tropical. Il était aussi blond que son amie était brune et ses yeux bleus étaient pleins d'une lumière émerveillée et d'une bienveillance pour tout ce qui l'entourait. Il allait seul dans la foret avec ses outils et les dieux l'habitaient lorqu'il travaillait... Il savait juger le bois et communiquait avec toutes les espèces tropicales. Le teck, l'odoom, l'Iroko et bien d'autres noms magiques prenaient forme au gré de son inspiration pour devenir de petits objets ou des meubles qui finissaient par troner au milieu des salons européens de la capitale. Il avait décoré une église à Cotonou et bien que très jeune, il était connu sur la cote ouest. Il habitait un petit village perdu dans la forêt, non loin de la frontière togolaise. Sa maison de terre était basse et fraiche. Son amie nous avait préparé une sauce savoureuse et du riz blanc, accompagnée de bière Gulder. En fait le but était de partir à pied, avec des guides équipés de coupes-coupes pour atteindre un lieu fabuleux au coeur de la foret : la cascade. Nous partimes après le repas et nous nous enfonçames dans les fourrés, riant et plaisantant sur les éventuelles rencontres que nous pourrions faire. De dangereux mambas pourraient nous suivre à la trace, nous risquions à tout moment d'écraser un scorpion ou de courroucer un cobra engourdi dans sa sieste.... rien de tout ça sinon des toiles d'araignées désertes et quelques froissements de feuilles indiquant probablement la retraite précipitée d'un crapaud. L'angoisse de la jungle s'exorcisait peu à peu et nous nous laissions envouter par le jeu de la lumière sous les frondaisons. Il y avait des feuilles de toutes tailles et de toutes les nuances de vert, reliées par endroits par des dentelles de lianes. Nous avancions lentement car le chemin devait etre dégagé au fur et à mesure et nous avions tout le loisir d'admirer les troncs gigantesques qui s'élançaient vers une voute très haute et invisible et d'essayer de percer le mystère de cet entrelac végétal. La marche était rude car la moiteur se faisait sentir. Je dégoulinais de sueur et mon chemisier me collait à la peau. Nous ne parlions plus... quand, tout à coup, au détour d'une petite cote, nous la vimes, au creu d'une clairière au pied d'une paroi rocheuse surgie de nulle part. La cascade chantait. Elle se jetait de très haut, en un jet d'eau mince qui rebondissait sur les roches avant de s'écraser au pied de la falaise au milieu de nuées de vapeur, dans de l'eau si transparente que l'on voyait chaque pierre du fond. Le spectacle nous a laissé un moment bouche bée. Puis ce fut l'attaque. Des escadrilles de mouches minuscules se jetèrens sur nous sans crier gare et se mirent à festoyer sur nos bras, nos jambes, à travers la cotonnade de nos vetements. Nous battimes en retraite précipitamment avant d'avoir pu piquer une tete au pied de la cascade. Le chemin du retour fut très long. Mais nous étions sous le charme. Gabriel nous avait promis cette cascade depuis son dernier passage à Accra. J'en garde la plus jolie photo au fond de moi. Gabriel était l'un de nos amis d'exception. Il était de Lyon, je crois. J'ai appris son décès dans un accident de voiture, sur uneroute africaine, peu de temps après mon départ d'Accra. Je l'imagine dans son ailleurs, si vivant dans son éternité qui ressemble à ce petit coin d'Afrique, assis sur une souche, un outil à la main, avec son grandsourire et ses boucles blondes.

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 5 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens