Le regard du chat....
Léa, en faction sur la table semble surveiller la rue. Mais,immobile, ses yeux d'or sont fixés sur un point de son horizon. A quoi penses-tu Léa ? Tu te souviens du vent dans les herbes, de la chaleur des étés dans le jardin, du bourdonnement des insectes dans les lavandes ? De l'autre côté de la route, il y avait la pleine lune qui noyait les arbres dans son reflet métallique, certaines nuits où nous attendions... Qu'attendions-nous déjà ?
Te souviens-tu Léa de la margelle du puits, derrière la maison. Elle gardait la chaleur bien après la disparition du soleil et nous allions nous y installer parfois, au crépuscule.
Tu as toujours ronronné près de moi, toujours présente et maintenant si absente parfois. As-tu des regrets des jours qui ne sont plus et qui ne seront plus jamais ? Entends-tu toujours comme moi le piano ? Sens-tu toujours les fumets épicés qui s'échappaient de la cuisine avec les notes ? Il n'y avait pas de présence sensible dans cette maison qui désespérément nous protégeait. Il n'y avait que des sons, des odeurs, des couleurs, des vibrations et sa Présence muette, silencieusement affairée ou plutôt son absence, la première de toutes les désertions. Puis le piano s'est tu, la cuisine n'a plus réchauffé les âmes de la maison et l'hiver est arrivé. Léa, Noisette, César, vous étiez les gardiens d'une tombe. Est-ce l'image que me renvoie l'insensibilité fixe de ton regard d'or Léa ? Je te parle de ces jours disparus et tu sais... tu ne dis rien. Tu es là, je te regarde, et l'or de tes yeux a englouti un monde.Par Donibane, Lundi 10 Avril 2006 à 15:54 GMT+2 dans Divers (article, RSS)



