Donibane

Cena...

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Le 25
Tout un monde.
Nous habitions pendant la durée des vacances un petit appartement en face de chez Doudouce, sur le même pallier en fait. Les semaines se succédaient à grande vitesse autour des visites d'amis, des promenades au parc avec les enfants ou au Lac pendant les étés fastes où nous étions motorisés.
Rien de ce que nous faisions n'était extraordinaire mais, nous étions à cette époque de véritables orpailleurs et bien des grains de sables de notre tamis cachaient en réalité des secondes d'or pur.
Parmis les pépites les plus intéressantes, il y avait les repas des Dimanches. Ils se ressemblaient tous. En raconter un, c'est tous les passer en revue.
Doudouce mettait pour l'occasion les petits plats dans les grands. Après le déjeuner tardif de tous, grands et petits, où nous échangions les dernières nouvelles autour d'un café-tartines ou café-biscottes où chacun trouvait son compte de plaisanteries et de menues conversations de début de journée. Doudouce terminait la première et se mettait dare-dare à la confection d'une tarte aux pommes pour le dessert. Puis, les enfants repartaient dans l'appartement et enfin je les suivais.
C'est à l'apéritif que les choses sérieuses commençaient. Nous faisions une réapparition chez Doudouce, propres comme des sous neufs et dans la bonne odeur de rôti, nous nous affairions à mettre le couvert. D'abord une nappe sur la table de bois marqueté, de tie and die jaune et blanc que j'avais rapportée d'Afrique, puis les assiettes de porcelaine "au gui l'an neuf" car elles étaient décorées de petites branches de gui dorées, puis les flûtes, pour les bulles et les collections de verres à eau, à vin, etc... etc.... qui cliquetaient de bonheur en retrouvant leur place sur la table.
Puis, petite pause à la cuisine, devant la grande fenêtre d'où on voyait la rue. On attendait la Bip et son mari pour manger. Et on commençait à attaquer discrètement les "bsillons" : cacahuètes, noix de cajou et divers biscuits apéritifs. Un cri : "Les voilà !" C'était l'une des filles qui avait repéré la première les arrivants et qui se précipitait à l'entrée pour ouvrir. Et bisous, cris de joie des retrouvailles.
Puis on s'installait directement à table tous car l'appartement de Doudouce était petit. Les conversations allaient bon train entre les plats que l'on allait chercher à la cuisine, le pain qu'il fallait sans cesse renouveler. Les repas étaient parsemés d'incidents et d'anecdotes. Une année, Titus, le chien de Bip, un boxer gentil mais habitué à son espace vital, confiné sous la table, n'avait rien trouvé de mieux que d'envoyer en signe de protestation une salve de pets furtifs et malodorants qui avaient bien entendu déchaînés l'hilarité générale. Une autre année, Anne 5 ans, qui rentrait de Côte d'Ivoire, était arrivée à la salle à manger avec une petite serviette de toilette à frange et, au café, elle l'avait étendue par terre et se prosternait en faisant sa prière musulmane ... Allah Akbar ! Il y eut aussi les années où Tante Jeanne nous apportait invariablement le dimanche une tarte aux pommes maison que mon père qualifiait irrévérencieusement de "brèche-dents" à tort car on se régalait. Certaines années, nous avions la voisine Melle Joly que nous appelions pour l'apéritif. C'étaient les années Martini que l'on achetait à son intention et que nous partagions. Et il y eut une collection de Noëls et de Jours de l'an avec une pluie de cadeaux échangés, le froissement du papier cadeau rutilant et les décorations étincelantes. L'éclat du bonheur dans les yeux des petits et des grands. Il y eut aussi la naissance de Julie que l'on installait dans son couffin, près deu placard mural entre la chambre de la salle à manger et la chambre de Doudouce.
Ah ces repas traditionnels qui s'éternisent, jusqu'à une heure avancée de l'après-midi. Ils nous donnent de par leur immobilité, une impression de permanence, de stabilité dans le bonheur alors que la marche du temps inexorable se poursuit et passent les instants magiques, les personnes chères... et restent les souvenirs.

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