Donibane

Mon Oncle... Jacques Tati... Le petit chien des Arpell...





Le thon métallique crache un jet de bienvenue. Le portail pivote et laisse entrer la voisine échevelée. Nestor n’attendait que ça pour se précipiter dans la rue….
Enfin libre, une minute en arrêt sur le trottoir, il renifle à droite, à gauche et part de toute la vitesse de ses petites pattes en direction de la vieille ville….

-« Ouah ! Nestor, c’est nous !!!...
Au détour d’un groupe de poubelles surgit une meute de chiens tout excités.
-Salut les gars ! jappe Nestor, ravi d’avoir de la compagnie.
- Nous avons trouvé une poubelle, c’est un vrai régal, viens avec nous… »
Nestor se précipite vers ses amis, frétillant de plaisir. Sur le trottoir, c’est Bysance, une avalanche de trésors gastronomiques… de succulents os de poulets, des restes de sandwiches… et des boîtes de thon, de sardines encore pleines d’huile.
-« Mmmm ! Ca change de mes croquettes toutes sèches… et l’eau du caniveau a un gôut… un grand cru classé sans aucun doute….
-Attends, ajoute un petit épagneul la bouche pleine, on a de la chance de trouver des ordures intéressantes. Souvent, il n’y a que des bouteilles vides et des papiers gras… toi au moins, ta gamelle.. 6h-18h : deux rendez-vous à ne pas manquer !
-     Si vous saviez renchérit Nestor, je me régale !... et quelle liberté… quelles odeurs variées et merveilleuses dans cette rue… des réverbères pour lever la patte… tout quoi !
-    T’sais, la rue, c’est pas l’pied réplique Pitt Bull, le dur du groupe. T’as pensé au coup d’pied bien envoyé du proprio d’une poubelle destroyée… Alors là… tu hurles… c’est du Kaï Kaï ! en do majeur que tu joues, avant de chercher un abri dans tes rêves en clopinant ! Et les pierres que nous jettent les sales gosses pour nous faire chanter et danser et se payer nos gueules ! Et t’as imaginé le filet de la fourrière… si tu te fais prendre, c’est direct la chambre à gaz… tous des nazis les humains…. Nom d’un chien !!!!
-    Alors que toi Nestor, dit le plus vieux de la bande, tu es au chaud l’hiver et il y a toujours une caresse pour toi au détour d’une porte, un nouveau manteau pour sortir, un os délicieux et propre à la cuisine. A propos, c’est vrai, tu ne te grattes jamais ! Nous sommes tous autant que nous sommes… des mobil-homes pour les puces. Tiens, regarde, ça me démangeait tellement que je me suis arraché la peau derrière l’oreille droite, tu as vu la croûte… ? Qui va me soigner ?
-    Beurk ! fit Nestor en détournant les yeux de la tête purulente de son compagnon et refusant la réalité… Ca ne fait rien, vous ne vous ennuyez jamais dans la rue. Il y a toujours quelque chose de nouveau à voir ou à faire… Tiens, l’autre jour, je me suis fait sauvagement agressé par un gros poisson, qui me montrait silencieusement les dents… un brochet, sous l’étal du marchand de légumes… un vrai scoop, du jamais vu… Je ne me suis pas gêné pour lui répondre.. avec perte et fracas…. Grrrrrrr…. Comme ça ! Je l’ai impressionné. Même son maître a tourné les talons tellement il a eu peur ! Oh ! La cloche de l’école. Gérard va rentrer. Je dois être là pour l’accueillir….je vous laisse…
-    Salut Nestor, à bientôt, tu es toujours le bienvenu….dit le groupe à la cantonnade. »

Le petit chien se faufile sous la porte d’entrée en y laissant une partie de son manteau neuf et trottine vers celle de la cuisine sans un regard pour la petite troupe agglutinée à la grille et qui tâche d’apercevoir au moins un atome du paradis : la grande maison de Nestor.
Eh oui, ainsi va la vie. L’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin.


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