Donibane

Ananse

Ecoute Julie, écoute Anthony, écoutez, encore une histoire d'Ananse.

Un jour Ananse rencontra trois lézards qui se prélassaient sur une pierre chaude près de son trou.

Ces lézards étaient très fiers.

C'étaient des margouillats.

Great Agamas.

Ils étaient très beaux : orange noirs et verts et se pavanaient dans leurs costumes.

Alors Ananse, qui allumait le feu sous un gros chaudron les salua et leur demanda. - Eh Agamas, je prépare un jeu. C'est très amusant. Voulez-vous m'aider ? Les lézards réfléchirent, hochèrent la tête, se concertèrent et dirent : - D'accord Ananse, en plus, on s'ennuie à ne rien faire sur sur cette pierre.

- Regardez, dit alors Ananse, je monte le premier dans l'eau, fermez le couvercle et lorsque je crie 'Agama', vous ouvrez la marmite et vous me sortez de l'eau. Après, ce sera à votre tour.

- D'accord opinèrent en choeur les lézards.

Au bout d'une minute, Ananse cria très fort 'Agama!', le plus fort des trois compères lui tendit une patte et le tira du bain.

-A vous maintenant !

Et les lézards de sauter, hardi petit, dans la marmite.

Ananse ferma le couvercle, et, au bout de deux minutes, il entendit 'Agama!'


-Eh ! Pas encore, ce n'est pas le moment de crier !

-Agama !

-Pas encore ! Ce n'est pas le moment !

-Agama! Agama! hurrlaient les lézards qui commençaient à avoir bien chaud...

Ananse racommodait tranquillement un coin de sa toile et, lorsqu'il n'entendit plus rien et que la vapeur commença à s'échapper par le couvercle de la marmite, il l'ouvrit pour constater que les lézards étaient à point.

- Kofi, apporte le piment !
Et Ananse s'assit pour partager ce bon repas avec son cousin qui était arrivé la veille du village voisin....

Si un jour vous rencontrez Ananse sur votre route, même après mûre réflexion, n'acceptez jamais ses propositions.....ne rentrez jamais dans ses jeux.... -TITRE_IMAGE

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Vivante Afrique

- Le loup qui se cache sous la toison de l'agneau ne tarde pas à avoir trop chaud et à montrer le bout de son nez

- Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre.

- La main gauche lave la main droite et vice versa.

- Certains donnent de la main droite et gardent la main gauche tendue.

- La chèvre qui va s'ébattre dans le compound du voisin ne doit pas se plaindre de recevoir du baton.

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Julie et la Corrida

Elle m'a raconté
Et j'ai assisté à la Corrida.

Les gradins croulaient de monde sous un soleil d'or et une avalanche de blanc, de noir et de rouge.
La musique éclatait partout, et les cris de la foule en liesse inondaient l'arène.

Puis, en l'espace d'un éclair au centre du cercle d'or, sa silhouette sombre se dressa, royale, surgie de nulle part : El Toro.

Magnifique.

C'est alors que commença la danse des banderilleros, sur leurs montures carapaçonnées, d'un autre âge.
Immobile, au centre de l'arène, El Toro reçut le choc de la première banderille.
Et le sang coula de la blessure sur la robe foncée de l'animal, étonné....
Et des bras assurés fichèrent d'autres traits sur le dos puissant du taureau qui tournait, grattait de son sabot nerveux l'or de l'arène et se préparait à répondre à l'audace de ses assaillants.

C'est alors que glissa au centre du cercle, dans son habit de lumière, la tête orgueilleusement dressée, dans le tourbillon écarlate de la muleta : le torero.

Il avait la grâce altière d'un danseur classique et la provocation sauvage d'un fauve. Son visage hispanique aux traits réguliers était d'une grande beauté, sévère et sombre comme celui d'un ange maléfique.

En arrêt, les reins cambrés, il offrait à la foule en délire le spectacle de sa superbe.
Et virevoltait l'éclair rouge de la muleta dans la certitude de l'estocade finale.
Les décibels montaient répercutant l'excitation de la foule hors d'elle.

Les noires cornes de la bête ne faisaient pas le poids et les zèbrures rouges de son dos annonçaient la fin.

C'est alors que, couvrant la clameur ambiante, j'ai entendu la plainte du taureau.
C'était un cri de frayeur de douleur et de détresse, humain.
Le même écho que celui de la voix du soldat mourant sur la plage d'Omaha en juin 44. Un râle qui demandait pourquoi, qui implorait la pitié.

C'est alors que j'ai vu que le visage parfait du matador resterait impénétrable.
Il n'avait pas de regard mais deux orbites immenses et vides.
C'est alors que la liesse de la foule s'est muée en rage implacable. Les visages déformés et les bouches béantes hurlaient la haine et criaient la mort.
L'animal interdit, hébété, ne comprenait qu'une chose. La tête baissée, les cornes touchant presque le sol où s'élargissaient les gouttes écarlates d'une dernière pluie sur l'or de l'arène, il attendait l'estocade de l'archange.
Et plus fort que tout, grandissait en lui un gigantesque et humain : Pourquoi ?

Elle est sortie des arènes dès les premières banderilles et je ne pourrai pas terminer ce récit.
Comment peut-on aimer les corridas ?



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Juju music

J'ai besoin d'entendre les "big voodoo drums". Je pense à l'Afrique de l'Ouest, aux lumineux flamboyants, aux roses, mauves et violets des bougainvilliers. Je pense au rythme des pistons, Une main noire tourne le fu-fu en cadence.

Dans l'air flottent le parfum des fleurs et des épices..
Les voix et les bruits.
Je suis de l'autre côté de l'Atlantique.
Ce sont des chants de marins, des marins de la Côte Ouest :
I am a sea boy, If I die tomorrow, mami Wata will bury me.
T.O. Jazz, Koo Nimo, Kwaa Mensah.. des paroles emportées sur le rythme des percussions.

When you are a newborn they put water on your tongue so that your 'yes' will be 'yes' and your 'no' will be 'no'. It goes on in Twi.
Afrique de l'Ouest Ghana, terre des Gahs, des Ashantis, des Fantis, des Anlos et de tant d'autres.
Terre de musique et de culture.

Highlife, Juju music.

C'était il y bien longtemps, sur la veranda d'odoom qui resemblait au pont d'un navire. enveloppée dans une étoffe de contonnade, je berçais la nuit sur mon rocking chair, la lune était pleine et le son des tambours du village voisin chevauchait le vent jusqu'à la maison... comment s'appelait ce village ?.....La voiture le traversait et envoyait à sa suite des tourbillons de poussière rouge.. Il faisait si chaud que l'on ne voyait âme qui vive à midi si ce n'étaient quelques chèvres qui prenaient le frais de la frondaison du vieux flamboyant en se frottant l'échine sur son tronc tutélaire. Le soir des anciens de blanc vêtus y palabraient ou jouaient aux petits cheveaux.

Oui, le nom du village, c'était..... je ne sais plus.... quelque chose comme Madina, Kokomlemle... quelque chose qui ressemblait à des notes de musique. TITRE_IMAGE

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Canicule

Et voici que se lève le vent du sud, qui fait vibrer les ondes qui montent de la route comme les champs de blé de Van Gogh. Grésillement de jaune et de bleu... friture d'un jour de canicule.
Dans la gangue d'une chrysalide de chaleur... je me prépare une journée de caméléon sur sa branche. Oscillation pendulaire entre le jaune, le vert, le marron des feuillages.

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When Suzannah cries.....

When Suzannah cries, she cries rivers...
She cries over her lost dad, her ageing mum.
She cries over her scattered children
She cries over her lost love
And her spilled life....
Under the rubble
She has cried all the rivers...
She has cried the seas and the oceans
She has cried her tears dry.
And she sits on the pier
Listening to the lullaby
of the waves, rolling away
The ocean breeze gently brushes past her face
The shrill greeting of a screeching seagull
And a friendly wink of these little white houses clinging to the hillside.
Softly sing the power of Life.TITRE_IMAGE

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Allo t'es où ?

Allo t'es où ? La question de la pub... elle résume tout. Allo t'es où ? Les distances sont annihilées, pulvérisées... et partout pour te joindre la petite musique du portable qui te dis que quelqu'un quelque part va te poser la question :
- Allo t'es où ?... et qu'il va falloir répondre. As-tu envie de répondre ? Liberté d'éteindre, d'arrêter la petite musique.. mais tu l'entends toujours Liberté t'es où ?
L'instrument infernal le portable, l'infertable qui te poursuis...
Parfois il est muet.
Et tu souhaites que résonne sur le coin de la table la petite musique.
Quelqu'un, quelque part, qui va te poser la question ;
Allo t'es où ?
Portable, je crois que la poubelle t'ouvre son sac.
L'esclavage moderne a un écran et des touches... ordinateur, es-tu prêt à prendre aussi le chemin de la décharge ?TITRE_IMAGE

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Le jeu

A quel jeu joue-t-on ?
La vie est dure.
Partout règnent la violence, les affrontements, la mauvaise foi et cette trinité s'insinue au coeur de la jeunesse. Survivre à ce prix.
Etre de Gauche, être de Droite.
Faux problème alors que l'humanité doit se serrer les coudes pour en résoudre d'autres, bien présents, matériels, existentiels etc...
Recours à la justice, quelle justice alors que tout n'est qu'un jeu, le jeu du plus malin, du plus roué, de celui qui anéantira l'autre.
le retour aux valeurs premières, honnêteté, travail, conscience personnelle et professionelle ne tente plus personne dans cette civilisation de l'"avoir envie", de la satisfaction immédiate des besoins à tout prix.
Je refuse le jeu, je me fais grignoter, avaler.TITRE_IMAGE

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Hiroshima

L'effet Hiroshima
Après le big bang, le grand souffle......on se retrouve décalqué en négatif...
Il faut rassembler les ruines et reconstruire sur les cendres.
Je ne pensais pas que ce serait si long, si difficile.
Je me déplace parmis les vestiges calcinés et je recherche des survivants, des animaux ou des objets. Le moindre détail est prétexte à reconstruction.
Le sentiment de la routine accomplie, L'accueil des proches, Et toi mon ami à qui je ne demanderai rien
Car c'est un travail de survie que je dois accomplir, seule.
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Le balafon

Il était assis sur la plus haute étagère de la vitrine du salon.
Il portait un habit traditionnel de terre cuite et un bonnet pointu de lutin coiffait sa tête , démesurée par rapport à son corps.
Il était assis en tailleur derrière son instrument et il jouait, et il chantait.....
Il a chanté ainsi au salon pendant vingt ans, sa ballade de terre cuite que j'étais seule à entendre.
Je n'ai jamais mesuré l'attachement que j'éprouvais pour cette statuette et aujourd'hui, il me manque....
J'ai dû le laisser avec d'autres objets. Je l'avais mis sur le bureau en espérant qu'on l'emmenerait..
Mais où est-il maintenant ?
Chante-t il encore parmis les immondices d'une décharge ?
A-t-il été broyé dans l'écroulement de la maison ?
Ou poursuit-il sa complainte silencieuse... sur un autre meuble... dans un autre salon ou une chambre ?
Petit musicien de terre cuite. J'aurais du t'emmener car tu me manques.
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Peace and Love...

Je recherche la paix

La paix avec mon passé, mon présent et mon avenir.

Le souvenir sans les pleurs...
L'avenir sans l'angoisse...

Je veux que l'âme de ma maison détruite cesse de hanter mes nuits.



Ne plus penser au navire
Englouti, corps et biens

Oublier le hurlement du puits sur la lande

Je veux faire le vide dans ma tête
de toute cette douleur, de tous ces fantômes

et me réconcilier avec un passé perdu.

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Omaha beach......

"God, help me ! Stop the hurt !"

Il m'arrive parfois d'entendre cette prière...cette prière que j'ai lue sur un carton du musée, rapportée par un témoin anonyme.
Mais j'ai entendu sa voix, alors que mes yeux parcouraient le texte, très lointaine et très proche à la fois.
Un écho déchirant de cette journée de juin 44. Omaha Beach.
C'est une plage de Normandie, comme toutes les autres.

Non,

il y a le calme olympien du cimetière américain, le grand calme, les larges allée qui conduisent à des rangs interminables de croix immaculées.

De chaque croix monte un cri vers le ciel,
déchirement injustifiable d'une vie inachevée,
et par delà les hurlements, les appels,

le vacarme de ce jour là qui s'impose,
intolérable chargé d'incompréhension, de douleur, de terreur, de révolte.

La plage en contrebas et le ciel à l'horizon sont lourds, plombés... à jamais.

L'Océan ne parviendra pas à effacer cette foule qui hante le paysage.
Tous sont et resteront présents, dans chaque grain de sable, dans l'eau, à l'horizon, partout.
A Dysneyland style national anthem, a strange chime which doesn't achieve its aim.

Seul le silence est à la mesure du respect dû à l'horreur immense de ces sacrifices.

Where was God on that day ?
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Erzulie

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Erzulie, Ezili, Mami Wata

Mon Loa préféré, toi qui me protèges depuis les jours anciens de la Côte Ouest de l'Afrique
C'est dans cette petite église sulfureuse, toute en rose et or, dans les vapeurs d'encens et de cire fondue que je t'ai pressentie pour la première fois.
Les rayons du soleil de l'après midi filtraient entre les planches disjointes et jouaient sur les franges dorées de l'ancienne Bible qui tenait plus d'un grimoire que d'un livre saint.
Le Hougan parlait en ton nom, m'assurant de ta protection tandis que son assistante faisait tournoyer l'eau dans un seau d'une main et de l'autre tenait prisonnière une colombe à qui elle récitait à l'oreille un chapelet d'incantations interminables.
Ezili
Ezili danto
Tes multiples facettes ont été déclinées
Et ta puissance invoquée
Et à partir de ce moment
Je me suis sentie protégée.

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Errance

Nous sommes des hirondelles de cheminées....

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Baron Samedi

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Erzulie, toi qui me protèges, que le Baron Samedi de vienne me chercher dans mon sommeil. Je ne veux pas l'attendre, je ne veux pas le savoir, je ne veux pas dire au revoir ni adieu. Qu'il vienne la nuit, je ne veux pas me préparer. Son heure sera la mienne lorsqu'il me tendra la main, dans son costume de Jazzman. je connais par ceur le sentiment de désolation qu'apporte sa visite et j'entends le vent hululer sur la Lande. Je n'ai pas peur, alors, qu'il n'oublie pas la musique, la douce clarinette de Moon River, du ragtime, Scott Joplin sur un C7 yamaha, le Requiem de Mozart, tous les alleluias du monde et surtout dans le lointain, les Big Drums. Au moins si je n'ai pas le choix, que je parte "in style". Je veux pouvoir lui tendre la main et chercher dans la cohorte des âmes qui l'accompagne des regards chers. Je suis à la recherche de l'éternité dans le souvenir, peut-on retrouver ce qui n'est plus ? Qui sui-je, Erzulie pour dicter mes volontés au Baron Samedi ? Un grain de sable de la plage ? Personne n'échappe à sa grande main tendue. Mais quand pour moi le vent de la lande se lévera, je ne veux pas être de noir vêtue, apprêtée. Je le suivrai dans mon boubou africain étonnée et sans crainte.

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