Donibane

Peace and Love...

Je recherche la paix

La paix avec mon passé, mon présent et mon avenir.

Le souvenir sans les pleurs...
L'avenir sans l'angoisse...

Je veux que l'âme de ma maison détruite cesse de hanter mes nuits.



Ne plus penser au navire
Englouti, corps et biens

Oublier le hurlement du puits sur la lande

Je veux faire le vide dans ma tête
de toute cette douleur, de tous ces fantômes

et me réconcilier avec un passé perdu.

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Omaha beach......

"God, help me ! Stop the hurt !"

Il m'arrive parfois d'entendre cette prière...cette prière que j'ai lue sur un carton du musée, rapportée par un témoin anonyme.
Mais j'ai entendu sa voix, alors que mes yeux parcouraient le texte, très lointaine et très proche à la fois.
Un écho déchirant de cette journée de juin 44. Omaha Beach.
C'est une plage de Normandie, comme toutes les autres.

Non,

il y a le calme olympien du cimetière américain, le grand calme, les larges allée qui conduisent à des rangs interminables de croix immaculées.

De chaque croix monte un cri vers le ciel,
déchirement injustifiable d'une vie inachevée,
et par delà les hurlements, les appels,

le vacarme de ce jour là qui s'impose,
intolérable chargé d'incompréhension, de douleur, de terreur, de révolte.

La plage en contrebas et le ciel à l'horizon sont lourds, plombés... à jamais.

L'Océan ne parviendra pas à effacer cette foule qui hante le paysage.
Tous sont et resteront présents, dans chaque grain de sable, dans l'eau, à l'horizon, partout.
A Dysneyland style national anthem, a strange chime which doesn't achieve its aim.

Seul le silence est à la mesure du respect dû à l'horreur immense de ces sacrifices.

Where was God on that day ?
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Erzulie

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Erzulie, Ezili, Mami Wata

Mon Loa préféré, toi qui me protèges depuis les jours anciens de la Côte Ouest de l'Afrique
C'est dans cette petite église sulfureuse, toute en rose et or, dans les vapeurs d'encens et de cire fondue que je t'ai pressentie pour la première fois.
Les rayons du soleil de l'après midi filtraient entre les planches disjointes et jouaient sur les franges dorées de l'ancienne Bible qui tenait plus d'un grimoire que d'un livre saint.
Le Hougan parlait en ton nom, m'assurant de ta protection tandis que son assistante faisait tournoyer l'eau dans un seau d'une main et de l'autre tenait prisonnière une colombe à qui elle récitait à l'oreille un chapelet d'incantations interminables.
Ezili
Ezili danto
Tes multiples facettes ont été déclinées
Et ta puissance invoquée
Et à partir de ce moment
Je me suis sentie protégée.

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Errance

Nous sommes des hirondelles de cheminées....

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Baron Samedi

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Erzulie, toi qui me protèges, que le Baron Samedi de vienne me chercher dans mon sommeil. Je ne veux pas l'attendre, je ne veux pas le savoir, je ne veux pas dire au revoir ni adieu. Qu'il vienne la nuit, je ne veux pas me préparer. Son heure sera la mienne lorsqu'il me tendra la main, dans son costume de Jazzman. je connais par ceur le sentiment de désolation qu'apporte sa visite et j'entends le vent hululer sur la Lande. Je n'ai pas peur, alors, qu'il n'oublie pas la musique, la douce clarinette de Moon River, du ragtime, Scott Joplin sur un C7 yamaha, le Requiem de Mozart, tous les alleluias du monde et surtout dans le lointain, les Big Drums. Au moins si je n'ai pas le choix, que je parte "in style". Je veux pouvoir lui tendre la main et chercher dans la cohorte des âmes qui l'accompagne des regards chers. Je suis à la recherche de l'éternité dans le souvenir, peut-on retrouver ce qui n'est plus ? Qui sui-je, Erzulie pour dicter mes volontés au Baron Samedi ? Un grain de sable de la plage ? Personne n'échappe à sa grande main tendue. Mais quand pour moi le vent de la lande se lévera, je ne veux pas être de noir vêtue, apprêtée. Je le suivrai dans mon boubou africain étonnée et sans crainte.

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Le triguane.....

En classe, pendant un devoir :

Nicolas : "Madame, c'est quoi un triguane ?

- Nicolas, je pense que ce mot n'existe pas.

- Nicolas : C'est quoi déjà, cet animal... vous savez......
- Oui, c'est un iguane, une sorte de lézard.
- Thomas : Madame, je sais ce ce que c'est un triguane, c'est un iguane à trois pattes."
Il y a toujours une réponse aux questions posées....

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Sud-Ouest

J'aime ton accent un peu rocailleux mais pas trop. Si musical et si chantant...
Ce n'est pas un accent fait pour la colère destructrice, peut-être pour des orages passagers ?
Je t'imagine à d'autres époques, sur le port, à ranger les filets et à plaisanter avec les pêcheurs de thon. Je te vois dans la montagne aussi, au milieu des moutons en période d'estive. Je vois sur ton visage, les grands espaces du Montana, une maison de rondins avec des pièges de toutes tailles et des peaux de bêtes mises à sécher.
Je te connais depuis toujours. Mais où nous sommes nous rencontrés ? Qu'avons-nous déjà vécu ensemble ? Pourquoi ces petites maisons aux volets de bois multicolores, accrochées aux flancs des collines me semblent-elles si accueillantes si familières ? Et cette paix que dégage l'Atlantique le long de la Côte basque. L'Atlantique serait-il le lien entre aujourd'hui et un déjà vécu ressenti mais inconnu ?
Ma vie est devenue un point d'interrogation sur le passé et sur l'avenir, une sorte d'énigme non résolu.
J'essaye de mettre cartes sur table et d'y voir clair. J'écris, j'écris, j'exorcise... tu es mon équilibre. Un morceau de mon histoire très lointaine qui remet les plateaux de la balance à l'horizontale... comme la ligne bleue au large de la Baie.

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Cena...

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Le 25
Tout un monde.
Nous habitions pendant la durée des vacances un petit appartement en face de chez Doudouce, sur le même pallier en fait. Les semaines se succédaient à grande vitesse autour des visites d'amis, des promenades au parc avec les enfants ou au Lac pendant les étés fastes où nous étions motorisés.
Rien de ce que nous faisions n'était extraordinaire mais, nous étions à cette époque de véritables orpailleurs et bien des grains de sables de notre tamis cachaient en réalité des secondes d'or pur.
Parmis les pépites les plus intéressantes, il y avait les repas des Dimanches. Ils se ressemblaient tous. En raconter un, c'est tous les passer en revue.
Doudouce mettait pour l'occasion les petits plats dans les grands. Après le déjeuner tardif de tous, grands et petits, où nous échangions les dernières nouvelles autour d'un café-tartines ou café-biscottes où chacun trouvait son compte de plaisanteries et de menues conversations de début de journée. Doudouce terminait la première et se mettait dare-dare à la confection d'une tarte aux pommes pour le dessert. Puis, les enfants repartaient dans l'appartement et enfin je les suivais.
C'est à l'apéritif que les choses sérieuses commençaient. Nous faisions une réapparition chez Doudouce, propres comme des sous neufs et dans la bonne odeur de rôti, nous nous affairions à mettre le couvert. D'abord une nappe sur la table de bois marqueté, de tie and die jaune et blanc que j'avais rapportée d'Afrique, puis les assiettes de porcelaine "au gui l'an neuf" car elles étaient décorées de petites branches de gui dorées, puis les flûtes, pour les bulles et les collections de verres à eau, à vin, etc... etc.... qui cliquetaient de bonheur en retrouvant leur place sur la table.
Puis, petite pause à la cuisine, devant la grande fenêtre d'où on voyait la rue. On attendait la Bip et son mari pour manger. Et on commençait à attaquer discrètement les "bsillons" : cacahuètes, noix de cajou et divers biscuits apéritifs. Un cri : "Les voilà !" C'était l'une des filles qui avait repéré la première les arrivants et qui se précipitait à l'entrée pour ouvrir. Et bisous, cris de joie des retrouvailles.
Puis on s'installait directement à table tous car l'appartement de Doudouce était petit. Les conversations allaient bon train entre les plats que l'on allait chercher à la cuisine, le pain qu'il fallait sans cesse renouveler. Les repas étaient parsemés d'incidents et d'anecdotes. Une année, Titus, le chien de Bip, un boxer gentil mais habitué à son espace vital, confiné sous la table, n'avait rien trouvé de mieux que d'envoyer en signe de protestation une salve de pets furtifs et malodorants qui avaient bien entendu déchaînés l'hilarité générale. Une autre année, Anne 5 ans, qui rentrait de Côte d'Ivoire, était arrivée à la salle à manger avec une petite serviette de toilette à frange et, au café, elle l'avait étendue par terre et se prosternait en faisant sa prière musulmane ... Allah Akbar ! Il y eut aussi les années où Tante Jeanne nous apportait invariablement le dimanche une tarte aux pommes maison que mon père qualifiait irrévérencieusement de "brèche-dents" à tort car on se régalait. Certaines années, nous avions la voisine Melle Joly que nous appelions pour l'apéritif. C'étaient les années Martini que l'on achetait à son intention et que nous partagions. Et il y eut une collection de Noëls et de Jours de l'an avec une pluie de cadeaux échangés, le froissement du papier cadeau rutilant et les décorations étincelantes. L'éclat du bonheur dans les yeux des petits et des grands. Il y eut aussi la naissance de Julie que l'on installait dans son couffin, près deu placard mural entre la chambre de la salle à manger et la chambre de Doudouce.
Ah ces repas traditionnels qui s'éternisent, jusqu'à une heure avancée de l'après-midi. Ils nous donnent de par leur immobilité, une impression de permanence, de stabilité dans le bonheur alors que la marche du temps inexorable se poursuit et passent les instants magiques, les personnes chères... et restent les souvenirs.

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Et la porte se referme....

Mon patronyme est solitaire sur cette page administrative, comme il l'était aux jours lointains de mon adolescence. Pendant vingt ans, Il m'avait protégée et je m'étais cachée derrière son joli nom musical, tout en voyelles. Et voilà la dernière note envolée... et je me retrouve, dépouillée, nue sur cette page. La colonne "conjoint" est vide. Seule celle des enfants égrenne la mélodie familière mais déjà lointaine de la petite partition. Surtout, restez dans cette colonne !!!!! Ne partez pas. C'est moi qui ai pris la décision mais je me sens abandonnée, laissée pour compte, en relisant ce morceau d'administration et en essayant de renouer avec mon identité, une personne que j'avais perdue de vue il y a très longtemps. Françoise Chandernagor a vécu et expliqué la douleur de la séparation mieux que je ne saurais le faire dans son histoire "La Deuxième Epouse". On est abandonné, trahi et on abandonne et on trahit. L'ordre importe peu. Le sentiment et le goût qui reste en bouche sont les mêmes. Une amertume qui va jusqu'à la nausée... et la porte se referme définitivement.

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Savoir Nager Comme Fernandel

Il y avait une fois, dans une petite ville du Jura une piscine idéale. Grande, grande.....un bassin de 25m, un de 50m et le reste avec deux plongeoirs de 3 et 6m de haut. C'était un ancien réservoir de la SNCF et un, jour, quelqu'un a eu l'idée géniale de transformer ce site en piscine. Les vestiaires étaient rudimentaires et voisinaient avec le local du club de pétanque fréquenté par des cheminots retraités pour la plupart, dont faisaient partie les gardiens de la piscine qui étaient certainement bénévoles. Cet espace nautique immense qui tenait plus de l'étang que de la piscine olympique a abrité nos réunions d'adolescents aux premiers beaux jours. Nous nous y retrouvions, toute une équipe, pour bavarder, jouer aux cartes, fumer nos premières cigarettes... et nous pouvions y faire les quatre cent coups, loin du regard des adultes et fourbir nos premières armes... Il y avait le plus grand de tous par la taille : Piou, que nous admirions tous par sa force et sa hardiesse. Il se faisait respecter et toisait la bande de son regard gris. Il y avait aussi les "petits" : Michel et son frère, et celui que nous appelions "le petit Roy". Michel était drôle et je le revois, un jour frisquet de printemps, grelottant dans sa serviette de bain et nous racontant fièrement le pique-nique sauvage qu'il avait fait avec des copains. "Ouais ! On avait fait un chié feu, et on avait mis les saucisses sur des chiées baguettes et on avait fait cuire des chiées pommes de trerre dans la cendre..." J'étais dans le groupe des filles où l'on adulait "la Marie-Claude", toujours à l'affut de la nouveauté, au coeur de tous les jeux et de toutes les intrigues. Elle nous apportait "Mademoiselle Age Tendre" et nous le lisions ensemble avec délectation à l'ombre des grands sycomores qui bordaient la piscine à l'affut des regards en coin des garçons qui en disaient long. Puis, lorsque l'après-midi se faisait trop chaud, nous allions nager au risque de nous trouver nez à nez avec un poisson qui évoluait dans le réservoir ou avec une araignée qui zigzaguait parmi les lentilles d'eau. C'était à qui nagerait le plus loin, le plus vite, à qui resterait sous l'eau le plus longtemps. Ces plongées en apnée m'angoissaient et je m'efforçais de fixer le disque doré du soleil que je distinguais dans le glauque des profondeurs, en comptant les secondes. Comme je suis très myope, je nageais avec mes lunettes et c'est au cours de l'un de ces exercices que j'ai dû dire adieu à une paire de lunettes toutes neuves.... la colère de mes parents, le soir......Mais je n'ai pas encore parlé de Jacques, surnommé Fernandel. Un gentil garçon ce Jacques qui un jour prit une grande décision. Il se jeta à l'eau, nagea jusqu'au beau milieu du réservoir et là, se mit à gesticuler, à disparaître et à réapparaître en hurlant des "au secours" pathétiques. Affolés, nous avons alerté le maître-nageur, car il y en avait un heureusement, et lui, n'a fait ni une ni deux et a plongé à la rescousse de notre camarade en détresse. Il l'atteignit en quelques brasses et le ramèna sur la terre ferme. Fernandel protesta qu'il ne se noyait pas et que c'était une plaisanterie à notre intention et là, reçut le savon le plus sévère de sa vie. Le maître-nageur, qui avait plongé avec sa montre, son T-shirt et tout, armes et bagages en somme, écumait. Atterré, Fernandel a dû remettre son abonnement aux autorités et voir sa carte déchirée sous nos yeux ébahis.... au garde-à-vous, en maillot de bain, en rangs d'oignons, nous n'étions pas fiers.... sonnerie muette du clairon de la honte dans nos têtes penaudes... au milieu du réservoir flottait le fanion SNCF... savoir nager comme Fernandel.

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Le loa

TITRE_IMAGE Le rythme des percussions. La foule La nuit Les odeurs des préparations culinaires, de la viande grillée et le parfum subtil et pénétrant des fleurs au crépuscule.C'est la Cérémonie. Les cotonnades multicolores et le blanc si blanc sur un fond de peaux sombres. L'éclat passager d'un bracelet, d'un regard perçant ou d'un rire dans la nuit . Et ce rythme d'abord souple, feutré, comme la démarche d'un grand fauve, puis de plus en plus heurté, syncopé, entraînant avec lui tout se qui se trouve sur son passage. Je m'accroche aux résonnances de ce cyclone et vaincue par l'appel des "big drums", je cède et je m'envole, je tourbillonne avec la foule qui m'entoure, je me fais paysage, je deviens morceau de ciel et je rejoins les étoiles, très haut, très loin. Je suis la Croix du Sud. J'assiste aux offrandes et aux libations, une petite plume blanche se pose doucement sur mon visage et c'est la présence du Loa qui s'impose. Je suis une autre, plus forte, plus sagace, infatigable. Je vois à travers ceux qui m'entourent et je lis dans leurs âmes. Je suis désarticulée par cette puissance, écrasée et terrifiée et je me liquéfie en ondes sonores des grands tambours. Le Loa avait décidé ce soir là de me transmettre sa force, une infime partie de sa grande puissance et de m'imposer en même temps le respect de la Tradition et de cet au-delà que les mortels ignorent. Je garde son empreinte à ce jour et je me souviens...

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Le regard du chat....

TITRE_IMAGE Léa, en faction sur la table semble surveiller la rue. Mais,immobile, ses yeux d'or sont fixés sur un point de son horizon. A quoi penses-tu Léa ? Tu te souviens du vent dans les herbes, de la chaleur des étés dans le jardin, du bourdonnement des insectes dans les lavandes ? De l'autre côté de la route, il y avait la pleine lune qui noyait les arbres dans son reflet métallique, certaines nuits où nous attendions... Qu'attendions-nous déjà ? Te souviens-tu Léa de la margelle du puits, derrière la maison. Elle gardait la chaleur bien après la disparition du soleil et nous allions nous y installer parfois, au crépuscule. Tu as toujours ronronné près de moi, toujours présente et maintenant si absente parfois. As-tu des regrets des jours qui ne sont plus et qui ne seront plus jamais ? Entends-tu toujours comme moi le piano ? Sens-tu toujours les fumets épicés qui s'échappaient de la cuisine avec les notes ? Il n'y avait pas de présence sensible dans cette maison qui désespérément nous protégeait. Il n'y avait que des sons, des odeurs, des couleurs, des vibrations et sa Présence muette, silencieusement affairée ou plutôt son absence, la première de toutes les désertions. Puis le piano s'est tu, la cuisine n'a plus réchauffé les âmes de la maison et l'hiver est arrivé. Léa, Noisette, César, vous étiez les gardiens d'une tombe. Est-ce l'image que me renvoie l'insensibilité fixe de ton regard d'or Léa ? Je te parle de ces jours disparus et tu sais... tu ne dis rien. Tu es là, je te regarde, et l'or de tes yeux a englouti un monde.

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Outdooring

C'est une semaine après ta venue sur terre que tu as été présentée au monde. Jusque là, tu n'avais pas de nom. Petit être, tout petit être dans ton babygro jaune. Pour moi, ta mère, tu as toujours eu un nom, une existence, dès la première minute de ta naissance. Pourquoi voulais-je aller contre l'ordre des choses ? Ce soir là, la lune était pleine et la nuit tropicale vibrait de tous les cris d'oiseaux et de tous les crissements d'élitres de la terre. Outdooring, outdooring... petite fille, tu es présentée au monde qui t'accueille par ta famille africaine. C'est cette nuit qui préside ton entrée dans le monde et tous te prénomment Naa Kwaanor et tu hurles à la lune dont tu agrippes les rayons de toutes les forces de tes poings minuscules. Les paroles traditionnelles sont égrenées et s'envolent parmis les étoiles accompagnées par les rhytmes lointains des tam-tams des villages voisins. Le schnaps est répandu. Nourriture et boissons sont offertes. La musique s'échappe de la maison illuminée. La beauté de cette cérémonie et sa solemnité n'ont fait que sommeiller pendant toutes ces années et aujourd'hui, je me souviens, je reconnais et je rends hommage au Ghana, ma terre d'adoption.

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Hommage à Gabriel - la source- (à finir)

TITRE_IMAGEIl taillait des meubles et des objets à meme le bois tropical. Il était aussi blond que son amie était brune et ses yeux bleus étaient pleins d'une lumière émerveillée et d'une bienveillance pour tout ce qui l'entourait. Il allait seul dans la foret avec ses outils et les dieux l'habitaient lorqu'il travaillait... Il savait juger le bois et communiquait avec toutes les espèces tropicales. Le teck, l'odoom, l'Iroko et bien d'autres noms magiques prenaient forme au gré de son inspiration pour devenir de petits objets ou des meubles qui finissaient par troner au milieu des salons européens de la capitale. Il avait décoré une église à Cotonou et bien que très jeune, il était connu sur la cote ouest. Il habitait un petit village perdu dans la forêt, non loin de la frontière togolaise. Sa maison de terre était basse et fraiche. Son amie nous avait préparé une sauce savoureuse et du riz blanc, accompagnée de bière Gulder. En fait le but était de partir à pied, avec des guides équipés de coupes-coupes pour atteindre un lieu fabuleux au coeur de la foret : la cascade. Nous partimes après le repas et nous nous enfonçames dans les fourrés, riant et plaisantant sur les éventuelles rencontres que nous pourrions faire. De dangereux mambas pourraient nous suivre à la trace, nous risquions à tout moment d'écraser un scorpion ou de courroucer un cobra engourdi dans sa sieste.... rien de tout ça sinon des toiles d'araignées désertes et quelques froissements de feuilles indiquant probablement la retraite précipitée d'un crapaud. L'angoisse de la jungle s'exorcisait peu à peu et nous nous laissions envouter par le jeu de la lumière sous les frondaisons. Il y avait des feuilles de toutes tailles et de toutes les nuances de vert, reliées par endroits par des dentelles de lianes. Nous avancions lentement car le chemin devait etre dégagé au fur et à mesure et nous avions tout le loisir d'admirer les troncs gigantesques qui s'élançaient vers une voute très haute et invisible et d'essayer de percer le mystère de cet entrelac végétal. La marche était rude car la moiteur se faisait sentir. Je dégoulinais de sueur et mon chemisier me collait à la peau. Nous ne parlions plus... quand, tout à coup, au détour d'une petite cote, nous la vimes, au creu d'une clairière au pied d'une paroi rocheuse surgie de nulle part. La cascade chantait. Elle se jetait de très haut, en un jet d'eau mince qui rebondissait sur les roches avant de s'écraser au pied de la falaise au milieu de nuées de vapeur, dans de l'eau si transparente que l'on voyait chaque pierre du fond. Le spectacle nous a laissé un moment bouche bée. Puis ce fut l'attaque. Des escadrilles de mouches minuscules se jetèrens sur nous sans crier gare et se mirent à festoyer sur nos bras, nos jambes, à travers la cotonnade de nos vetements. Nous battimes en retraite précipitamment avant d'avoir pu piquer une tete au pied de la cascade. Le chemin du retour fut très long. Mais nous étions sous le charme. Gabriel nous avait promis cette cascade depuis son dernier passage à Accra. J'en garde la plus jolie photo au fond de moi. Gabriel était l'un de nos amis d'exception. Il était de Lyon, je crois. J'ai appris son décès dans un accident de voiture, sur uneroute africaine, peu de temps après mon départ d'Accra. Je l'imagine dans son ailleurs, si vivant dans son éternité qui ressemble à ce petit coin d'Afrique, assis sur une souche, un outil à la main, avec son grandsourire et ses boucles blondes.

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Aburi

TITRE_IMAGEIl existe près d'Accra, des collines oùl'on accède par une petite route sinueuse pareille à celle qui gravit les rouges flancs des Maures et de l'Esterel. C'est le paradis terrestre, un micro climat de fraîcheur dans la touffeur tropicale. Des petites chapelles érigées par les missionnaires qui fuyaient la plaine paludéenne auxquelles on accède par la forêt, en contournant les racines d'arbres gigantesques et séculaires, en suivant de petits sentiers de chèvres bordés d'hibiscus et de bougainvilliers qui chantent de couleur. Et puis, au détour d'un sentier, il y a un petit apatame. Joe, avec son chapeau de coupeur de cannes sur la tete, sa barbe de trois jours de forestier hirsute, y sert le vin de palme fraichement recueilli dans des calebasses de toutes tailles. Il soulève une imposante dame jeanne et verse le liquide laiteux dans la calebasse que je tiens religieusement avec les deux mains. On ne la pose pas, son fond arrondi ne le permettrait pas, on boit, on déguste la fraicheur du vin de palme, alors que le soleil miroite entre les feuilles des arbres et que les chants des oiseaux omniprésents et les cris des betes se font plus nets. Je me souviens de ses pieds nus dans ses sandales de cuir, solidement campés sur un rocher, de ses dents étincelantes dans le soleil... tandis que la torpeur du vin de palme m'envahissait, rampait et s'enroulait autour de moi comme un reptile arboricole... Aburi, végétation des premiers ages..

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