Donibane

Blues

Comment peut-on revivre après un raz de marée ? Vingt ans effacés. Un visage, une silhouette, une voix s'estompent. Où sont passés mes objets familiers ? Les meubles ont été disséminés, vendus, bradés, donnés, aux quatre ponts cardinaux. Mes chers objets, cadre de notre vie qui me paraissait si inutile au fond de mon désespoir. Maintenant, je n'ai rien à rassembler autour de moi si ce n'est une poignée de rescapés ici et là, qui me reparlent du passé. Les icones de Bulle, le crucifix de mon enfance, la croix de ma communion et la croix d'ivoire qu'Il avait sauvée alors qu'elle allait etre oubliée en Sierra Leone et les photos, au fond d'une malle. J'ai du mal à vivre avec cette blessure qui se réveille par moments. Meme si j'ai été si mal aimée, si mal comprise, si moi aussi je l'ai mal aimé et mal compris. Il faut laisser le temps au temps. Il faut laisser le vent oublier la maison de la lande. Il faut laisser la vigne repousser sur les ruines. Les oiseaux sont toujours là. La lune ronde, l'étang et la chouette qui hululait en été sont restés dans le vignoble. La poussière sera balayée par les vents. Dust to dust....

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La vie continue......

Anthony

VOTRE_TEXTE

Anthony a les yeux d'un bleu céruléen, des cheveux d'ange. Il est à la croisée de deux monde et porte en lui l'héritage de l'Afrique de l'Ouest et de l'Europe. Les grands tam-tams vaudous vont-ils affronter ls vents des Highlands ou s'unir en une personnalité d'exception ? L'équilibre entre les deux abimes doit etre atteint pour permettre à ces enfants d'avancer sur le pont de liane de leur existence. La négation de l'un des cotés déséquilibrera l'édifice et il arrivera à la croisée des chemins tot ou tard, au cours de son existence, il sera alors amené à faire un choix. La solution est d'emprunter les deux sentiers et de les faire converger en une seule autoroute. Ce travail luiappartiendra et il pourra alors rouler... rouler...

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Premier Noel en Afrique

Il y avait du bruit dehors. Des explosions de feux d'artifice, des cris, des chants et nous étions dans le salon de la petite maison de Papa à Bubuashie. Noel ! Il faisait bon, comme en été. Les enfants étaient là et portaient des chapeaux de papier. Ils jouaient. Nous avions diné d'une light soup, très pimentée et de foufou. Papa parlait avec la grand Tante qui s'était jointe à quelques voisins pour venir nous saluer. Sur l'écran, la télévision locale diffusait des variétés en noir et blanc. Baby Joe, en costume traditionnel, chantait. Je ne voulait pas songer à ce qu'avaient été les Noels en France, au 25 avenue Thurel, chez Maman et je m'efforçais de me concentrer sur les ondulations de Baby Joe et de communiquer avec les enfants. Nee Otoo Junior n'avait que deux ans. Il était élevé par son grand père et il est aujourd'hui GI en Irak. Il a pris la nationalité américaine. Papa s'aperçut alors de mon changement d'état d'âme et il me dit d'attendre. Il revint alors avec une antique carabine et nous fit signe de le rejoindre sur le pas de la porte. Il visa la lune et tira. La détonation claqua dans la nuit animée et le silence se fit pendant quelques secondes. Alors Papa se retourna avec un grand rire silencieux, les yeux brillants et dit : - Merry Christmas Les enfants reprirent leurs jeux, je lui serrai chaleureusement la main. - Merry Christmas La chaine hi-fi du salon diffusait de la musique et tous ceux qui étaient là se mirent à danser au son du high life. Une ancienne aux chaussures multicolores, ondulait, l'oeil reveur. Papa me dit qu'il y a une dizaine d'années ou plus, elle était la plus belle de toutes. Chacun se mit à chanter, des chants populaires ou des chants de Noel. Je décidai d'entonner en Français "Plaisir d'amour..." et tous m'écoutèrent religieusement avant d'applaudir et de rire de mon courage. Ce fut mon premier Noel à Accra.

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Renaissance

TITRE_IMAGELa résidence Ibargia est une maison de poupées et le petit appartement caché, blotti à l'intérieur, un havre de paix. Les soucis n'y entrent pas, les peurs restent à la porte avec les fantomes du passé et les monstres de toutes sortes qui surgissent de nulle part. je ne veux pas en sortir. les chats non plus, ce qui est un signe. les animaux savent et ressentent tout. j'aime observer le monde derrière le verre de l'Aquarium, la vie de la rue de cet appartement où tout est sien. Je vis dans son espace et j'y suis bien. C'est le début de l'équilibre après la destruction de la maison, le tsunami qui a fait table rase de ma vie. Son environnement. J'aime sortir avec lui, respirer l'air du large et me noyer dans l'infiniment bleu de l'Atlantique. Je peux maintenant te défier Mami Wata et te remercier pour le merveilleux cadeau de nos deux mains unies et de son regard. Thank you Erzulie, I still feel the powerful beat of the Voodoo drums echoing through my bones. The perfect balance has been achieved between the African west Coast and the Basque Country. I am back home now.

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Enfance

"Oh ! La sotte !" Voilà le petit balai dans l'égout ! Je regarde la poussière sur la grille. Trois barreaux sont nettoyés - Que faire ? Au fond du trou, sur l'eau noiratre, j'aperçois le manche qui flotte. Accroupie au dessus de l'égout, je contemple l'irréparable. Tante Jeanne sort de la cuisine, armée du tisonnier. Elle soulève la grille. - "Enlève-toi !" Sa main, protégée par un morceau de papier journal plonge pour repecher le petit balai. -"Ce n'est pas possible d'etre sotte à ce point !" "Sotasspoint !" disgrace supreme pour mes quatre ans ! D'un air piteux, j'observe Tante Jeanne. Elle referme la bouche d'égout et essuie siogneusement la petite brosse. -"La prochaine fois que je te preterai quelquechose, il faudra y faire attention !" Tante Jeanne occupe un appartement dans une maison qu'elle partage avec la propriétaire que nous appelons irrévérencieusement "La taupe". La Taupe vit derrière ses volets clos et n'apparait sur son balcon que pour se plaindre. Nous la croyons un peu folle. -"Vous m'avez volé mes éléments de chauffage central !" vitupère-t-elle de sa fenetre à Tante Jeanne qui traverse la cour avec le marc de café du déjeuner qu'elle porte tous les matins sur ses plantes. C'est un engrais, et elle chérit ses géraniums, ses lauriers qui lui rappellent le temps où elle travaillait comme gouvernante dans une riche famille, sur la cote d'Azur. Elle a aussi une collection de cactus de toutes tailles. Des figuiers de barbarie et des "tetes de belles mères" hirsutes voisinent avec des "queues de rat" que je ne manque pas de tirer et qui laissent sur mes doigts une multitude de petites échardes. Tante Jeanne n'est pas mariée. Non qu'elle n'en n'ai pas eu l'occasion, mais sa santé fragile ne lui a jamais permis. Elle s'est dévouée pour les autres. Ainsi, Bon Papa vit avec nous. Il est vieux, Bon Papa, et il se déplace avec sa canne de son fauteuil à son lit. Il vient manger avec nous à la cuisine et, le soir, lorsqu'il fait bon, il sort fumer sa pipe sur le pas de la porte. Bon Papa est très impressionnant avec sa grosse moustache tombante. Il est dur d'oreille et il écoute les nouvelles tout près de son poste de radio. Tante Jeanne et moi ne pouvons ni parler ni rire sous peine de le voir se lever et brandir sa canne d'un air faussement menaçant. -"Heu ! Chameau ! Silence vous-autres !" Bon Papa a beaucoup d'argent qu'il cache dans une chaussette de laine, tout en haut de l'armoire. Tous les trimestres, Tante Jeanne lui rapporte sa pension. C'est toute une cérémonie. Devant Bon papa assis sur le lit, elle ouvre l'armoire, se hisse jusqu'au dernier rayon et retire religieusement la chaussette volumineuse. Alors, Bon Papa lui-meme fait le compte, range le tout et tend un billet solemnellement à Tante Jeanne : -"Tiens, c'est pour le poulet !" "Le Poulet du Trimestre !" Quelle fete ! Toute la maison embaume ce matin-là. Le fourneau crépite et dégage une douce chaleur. Tante Jeanne, dans sa blouse de vichy bleu, les manches retroussées, de la farine jusqu'aux coudes, fait une tarte aux pommes. L'odeur de la volaille rotie se mele à celle de l'ail haché menu pour la salade. Bon papa assiste aux opérations en bourrant sa pipe d'un air satisfait. Lorsque la tarte est enfournée, Tante Jeanne met le couvert à la salle à manger pour l'occasion et rapporte sur la table un gros pot de géraniums rouges.

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Souvenirs

Je pousse la grille du jardin. Tout comme autrefois, mes pas résonnent sur le gravier de l'allée qui conduit à la porte d'entrée, sur le coté de la maison. Les herbes folles envahissent tout, débordent des parterres où survivent des roses. La glycine anarchique a transformé la tonnelle en une cascade verte et mauve. Il n'y a plus de chat sur le mur mitoyen et les poires sont intactes aux branches de l'arbre. Personne ne viendra plus les cueillir. Je tends la main mais ce n'est qu'une ébauche de ce geste familier de l'enfance. Le paillasson métallique crisse et me voilà devant la porte massive. La sonnete est muette mais mon doigt presse trois fois le bouton blanc, comme pour avertir la maison de ma visite. Timidement, je pousse le battant et je suis assaillie soudain par la fraicheur poussièreuse de la cage d'escalier. La boule de la rampe luit dans la demi pénombre et les fleurs aux couleurs éteintes de la tapisserie écrivent et répètent du son au plafond l'histoire des jours qui ne sont plus. "Prière de refermer la porte S.V.P." dit une écriture chère sur un morceau de carton jaunatre fixé par deux punaises rouillées. J'obéis et, lentement, comme dans un reve, je gravis les marches qui me conduisent au premier étage. La porte grise de l'appartement s'ouvre sur le vestibule sombre. Comme toujours, je butte sur le tapis-brosse qui heurte avec un bruit mat la porte du salon. La clef tourne dans la serrure et j'entre. -"C'est toi, Paze ? Entre ! dit l'écho d'une voix chère aux confins de ma mémoire. - C'est moi !" Je ne reconnais pas ces mots qui résonnent un moment dans la maison vide et sont étouffés par la poussière qui recouvre les meubles : le guéridon, le casier à musique, le piano d'ébène. Des toiles d'araignées drapent le lustre. Chaque pas sur le tapis semble soulever un petit nuage de poudre. Les dragons du Tonkin n'ont pas changé sur la tapisserie de l'oncle Louis, et les deux crapauds à queue montent la garde sur le salon désert du haut de leurs brule-parfums. la porte de la salle à manger s'ouvre avec un craquement familier. Je ferme les yeux. Il y a une bonne odeur de thé et de pain grillé. Je m'assieds sur une chaise face au buffet Henri II. Le crépitement de la machine à écrire cesse. -"Te voilà. Je t'attendais. J'allais terminer et tout ranger." Entre mes cils, sur la table, j'aperçois la coupe de porcelaine. Il reste deux pommes de ce temps-là, ridées, flétries, comme des tetes de vieilles femmes. Près de la fenetre, le caoutchouc est mort et ses feuilles racornies forment une ronde autour du pot. Le petit fourneau est froid et la bouillotte de cuivre abandonnée, ne chante plus. le buffet est clos sur les tasses à thé, la théiere et le sucrier que personne ne sortira plus jamais. J'étends le bras pour refaire les gestes familiers. -"Rone, veux-tu que je mette l'eau chauffer pour le thé ?" Mais ma question reste sans réponse. Personne n'a plus besoin de thé dans cette maison. Les persiennes closes abritent un domaine où la vie s'est arretée. 9h dit le réveil. Le 9 janvier 1976 proclame le calendrier. "Que viens-tu faire ici, dans notre poussière ?" dit le petit hibou perché sur une branche de faience. "Vas-t-en !" craque le plancher, "Dehors !" gémit la bibliothèque. -"Tu dois partir, déjà !" se plaint une voix chère, au fond de ma mémoire.

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La chute

Je suis tombée sur la route. Une douleur fulgurante me déchirait les jambes. Je voyais l'asphalte gris, tout près de mon visage. Il s'en dégageait une odeur de poussière. Je levai la tete et devant moi se déroulait l'horizon quotidien de nos compagnons à quatre pattes. Le bord du trottoir était haut et proche, les roues des voitures en stationnement, les jambes et les pieds des êtres chers qui ne me reconnaissaient pas alors que j'attendais le secours d'une main aimante. Tout à coup, j'étais devenue un chien. Les exclamations et les cris des personnes qui se regroupaient autour de moi m'étaient devenus étrangers et je faisais miennes les mille et une odeurs qui s'élevaient de l'asphalte. C'était magique. Tout était dans la route. Ma vie était dans la route. C'était à Pau, il y a quelques années de cela et tout était préférable aux affrontements, au mur de l'incompréhension qui accompagnait mon quotidien et qui avait fait de moi, au fil des années, une écorchée vive.

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Presentation

Des écrits, des pensées... à partager

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Exil

Elle avait pris l'avion, un matin brumeux de novembre.
Vétue de son ciré bleu marine, une petite mallette rouge à ses cotés, elle vivait les derniers instants de cette France qui l'avait vue grandir. Elle attendait sous l'abri-bus, son envol vers ailleurs, vers une vie nouvelle dont elle n'avait pas idée et vers quoi elle transportait naivement son petit univers de jeune mariée.
Bébé se faisait lourd et elle avait hâte de s'installer dans l'avion. Elle avait fait le vide dans son esprit volontairement et du fond de son etre, elle sentait vaguement sourdre le vague à l'âme des déracinés.
 Elle eut comme un vertige lorsque plus tard, dans la soirée, elle eut conscience que le DC10 de Ghana Airways survolait la France et elle revit en une fraction de seconde, la chambre et le halo de lumière de la lampe de chevet près du lit de ses parents à cette heure-là. Elle entendit les bruits familiers de la rue dehors avant de fermer les yeux et d'enfouir cette dernière vision au plus profond de son etre. Une larme rebelle allait rouler sur sa joue lorsque le bébé la gratifia d'un coup de pied salvateur.

 Il faisait si chaud dans cet appareil. Debout, exténuée, le ciré sur le bras, elle attendait d'etre dehors, à l'air libre et elle suivait macinalement les autres passagers. La sueur dégoulinait sur son visage et trempait son T-shirt. Quand sortirait-elle de cette carlingue ? Elle soupira et leva les yeux au ciel qu'elle vit, constellé d'étoiles. La lune lui fit un clin d'oeil ironique et elle reçut sur les épaules la chappe de plomb de la nuit tropicale.

 Il faisait sombre et le taxi s'éloignait du centre pour se faufiler dans les ruelles mal éclairées. Quelques étals de rues étaient encore animés et la lueur des bougies et des lampes tempetes s'ajoutait à celle de quelques lampadaires clairsemés autour desquels dansaient des nuées d'insectes. Tout d'un coup, des cris, des hurlements furent suivis d'un claquement de pieds nus sur la terre battue. Elle apercut la plante de pieds plus claire des fuyards. "Au voleur ! au voleur !"Elle n'eut pas la moindre peur mais un sentiment d'inconnu total l'envahit comme un immense point d'interrogation. Lui, penché vers l'extérieur, cherchait à deviner le contour familier de la maison paternelle.
C'était Bubuashie : une petite maison africaine, sous les manguiers, propre, gaie, et simple, qui s'animait dès le lever du jour. Le femmes balayaient la cour et pilaient le foufou aux aurores. Papa, le grand-père, trônait au salon parmi une nuée de cousins et de petits enfants.. Mama, gigantesque, impériale dans ses cotonnades à volants jetait sur sa bru étrangère un oeil dubitatif. La grand tante, elle, édentée, très agée, avait dans le regard une lumière et une chaleur que l'on oublie pas. On avait envie de l'aider et de l'embrasser : "Atoo !"



Et ce fut la vie active. Legon était paradisiaque. Après un séjour à la Ford Foundation, sorte de petit hotel climatisé où elle reprit brièvement contact avec l'Europe et où les seules atomes d'Afrique étaient les boys de blanc vêtus et le flamboyant à l'ombre duquel, elle se plaisait à observer pendant des heures, les allées et venues des fourmis.Elle aimait les bruits de l'Afrique et les odeurs déconcertantes, suaves, capiteuses, humides la prenaient parfois jusqu'à l'écoeurement. Elle se délectait des couleurs : les rouges du flamboyant et des hibiscul, les violets des bougainvilliers et les jaunes odorants des frangipaniers. Le ballet incessant des corneilles la fascinait.
Ato leur rendit visite un soir. Elle l'avait rencontré à Nice. Il était accompagné de son épouse, Kezia, si jolie dans sonhabit de cotonnade bleue. Il avait laissé la douce Lucia à Cannes. Sa présence flotta un instant entre eux et fut ecclipsée définitivement par le présent.
Puis ce fut la petite maison de South Legon.
Elle s'appliqua àmonter des rideaux rapportés d'Europe, à nettoyer, briquer, ranger comme pour marquer son territoire. Sa tête était vide et, comme un animal, elle s'acharnait à préparer un nid pour l'arrivée de Bébé. Elle ne se posait aucune question sur l'avenir et ne se penchait pas davantage sur le passé. Ses sentiments passaient en filigranne, sans réellement l'atteindre. Elle sentait son corps se préparer lentement à l'arrivée de bébé et les os de ses hanches se faisaient douloureux, la marche pénible, mais dans sa tête, elle etait légère.
Mama savait, observait et doutait. Quel étrange oiseau son fils avait-il rapporté d'outre-mer ? Elle apprit vite à communiquer avec Mama en "pidgin English", en créole et les moments qu'elles partagèrent furent précieux, délicieux, comme la symbiose de deux univers. Mais Mama détruisait cet échafaudage fragile par des manifestations d'hostilité et une méchanceté imprévisibles et injustifiables envers sa bru qui, un jour comme les autres, s'enferma dans sa chambre avec l'enfant et se referma comme un coquillage.
Car entre temps l'enfant était né à l'hopital de Legon. Elle avait mis douze heures pour arriver laissant sa mère epuisée et flottant comme entre deux eaux. Elle ne pensait pas. Elle attendait, écartelée par la douleur. Ce fut le cri du bébé qui la ramena à la vie. Elle avait un très joli visage. Des traits très fins et beaucoup de cheveux souples. Elle comprit alors que ce qui la liait à l'enfant était indestructible et elle sut à cet instant qu'elle était rivée à jamais à l'existence de cet enfant et qu'aucune circonstance au monde ne pourrait altérer ce lien. Il fallut alors reprendre contact avec la réalité.
Elle allait enseigner, c'était son métier, l'anglais à l'Ecole française. Bien vite, on trouva Rose pour s'occuper du bébé et aider à la maison. La petite maison de South Legon ressemblait à la chaumière de Blanche Neige dans sa rusticité. Les précédents locataires avaient peint les carreaux de la porte vitrée et son mari, Nee, avait gratté la peinture pour faire entrer la lumière. Les ouvertures, aérations et fenêtres n'étaient pas larges, sans doute pour isoler cette maison de la chaleur. le jardin était fleuri et il fallait longer l'allée de bougainvilliers roses et mauves pour accéder à la route et traverser jusqu'à la maison voisine de Mme Edusei. Mme Edusei avait déjà des enfants et venait de mettre au monde une fille. Elle prodiguait conseils et recommandations précieux à sa voisine d'en face qui arrivait d'outre-mer. Elle avait beaucoup à faire avec sa petite famille et le poulailler qu'elle entretenait. Elle faisait aussi pousser du manioc et du cocoyam derrière sa maison.

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le puzzle

C'est une ancienne cage dont les barreaux ont perdu leur dorure par endroits. L'oiseau a peur de la porte ouverte. Sur son perchoir, près de son os de seiche, il se sent en sécurité. L'eau est claire dans le récipient, la cage est propre. Il est seul. Quand la vie a-t-elle été réduite aux barreaux d'une cage ? Quand les ailes de l'oiseau ont-elles été rognées ? Un rayon du couchant s'accroche à une ancienne dorure et la fait miroiter un instant avant de disparaitre. L'obscurité descend devant la fenetre, enveloppe les arbres du jardin et la pièce ; telle une couverture, elle entoure la table où trone la cage. C'est l'heure où Josh se cale dans son rocking chair, près de la cheminée, où il bourre une pipe de tabac odorant, où il marmonne en tisonnant les charbons ardents pour raviver le feu, où il parle à l'oiseau qui n'entend plus. Il y a des années que Josh ne dort plus et c'est au crépuscule qu'i tourne dans sa tete, inlassablement, le poison distillé de ses insomnies, le récit de ses échecs, de ses rancoeurs entrecoupés de malédictions. Le poste de télévision est silencieux depuis longtemps et le canapé ne porte plus que les empreintes de celles qui avaient l'habitude de s'y asseoir. Sur un bureau, les petites lueurs des modems de l'ordinateur sont les seuls indices d'une vise froide et robotisée, de la présence intersidérale d'un autre monde qui jaillit de l'ombre pour tenir Josh envouté sous le froid reflet de l'écran, des heures durant. La réalité est pire encore. La maison de la lande est morte dans un crépuscule glacial de la fin du mois de janvier. Elle a été rasée et seul subsiste, dans le brouillard, un monticule de terre. Les vapeurs du soir dessinentpour ceux qui les connaissaient, les hautes silhouettes des érables, celles, plus petites du bouleau et du liqidambar, lahaie de thuyas et la boule, le cube et la pyramide que Josh avait tailles dans les buissont un riant matin d'été, il y a bien longtemps. Le puits, béant hurle l'abandon de la maison désolée, sur la lande.

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